Retours haptiques et intelligence artificielle : la 5G au service du robot aspirateur Jellyfishbot

Publié le 28-05-2021
5G

“Lorsqu’il est dans un port, le Jellyfishbot doit se comporter comme l’un des déchets qu’il cherche à ramasser. Il doit en d’autres termes se faufiler partout, notamment sous les quais et entre les coques des bateaux. Des espaces où l’opérateur - doté de sa télécommande - n’a plus de contrôle visuel sur le robot. Difficile dans ces conditions de nettoyer suffisamment rapidement un port pour éviter que les déchets ne partent au large. Pour pallier cette problématique, IADYS a installé à l’avant de son bateau une caméra. Seul bémol ? En 4G, l’image n’était pas de bonne qualité et affichait une importante latence. IADYS a alors tenté de remonter des images en HF (Haute Fréquence) via la technologie de contrôle à distance des télécommandes radiocommandées. Mais là encore, la qualité d’image n’était pas suffisante et pouvait même être perturbée lorsque le Jellyfishbot se retrouvait encerclé par les bateaux d’un port. La start-up s’est alors tournée vers la 5G !”

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illustration 3 bateaux

Petit mais costaud. Avec ses 20 kg et sa vitesse de 2 nœuds, il peut collecter 80 litres de déchets flottants ou 30 litres d’hydrocarbure par filet. Pas de quoi aspirer le 7ème continent, cette île de plastique d’environ 1,6 million de km² au large de l’océan Pacifique, mais de quoi éviter quelques kilomètres carrés supplémentaires. “Souvent les ports maritimes sont des entonnoirs dans lesquels flottent beaucoup de déchets”, explique Ludivine de Alba, coordinatrice des événements 5G pour Orange. “Il est plus facile de les ramasser dans la partie portuaire avant qu’ils ne se jettent dans la mer”.

Sortir de la vision de l’opérateur

Entre donc le Jellyfishbot, développé au sein de IADYS, fondé en 2016 par Nicolas Carlési et Ronald Loschmann. Testé depuis 2017 et commercialisé l’année suivante, le Jellyfishbot est leur premier produit et il n’a pas chômé : plusieurs communes s’en sont déjà équipées parmi lesquelles des villes du bassin méditerranéen comme Cannes ou Marseille, des villes du nord comme Dunkerque, le Parc Naturel Marin de Mayotte et des villes étrangères comme Neuchâtel (Suisse), Singapour ou Tokyo.
Un travail de fond qui a convaincu Orange, en quête de start-up pour intégrer leur programme 5G Lab. Le programme a pour objectif de "trouver des innovateurs qui sortent du lot, pas forcément en rapport direct avec le business d’Orange", déroule Ludivine de Alba. Pour inventer de nouveaux usages, "il faut sortir du prisme de l’opérateur", tranche-t-elle. IADYS "est intéressant car ils avaient déjà réfléchi à une implantation de leur produit."
En effet, le robot n’a pas besoin de la 5G pour fonctionner : grâce à une balise radio, il peut être télécommandé par un opérateur. Seulement celui-ci doit être à vue : par mauvais temps, la situation n’est pas idéale. D’autant que le robot n’a pas besoin d’être piloté en permanence : relativement autonome, l’opérateur n’est là pour intervenir qu’en cas d’obstacles à contourner.

Reproduire la sensation de poids

La 5G permettra le pilotage à distance avec beaucoup plus d’efficacité que la 4G. “La 5G a une très faible latence”, rappelle Ludivine de Alba, “la plupart du temps le robot est autonome, mais quand un opérateur doit reprendre le contrôle, il faut que la réactivité soit immédiate”
Ce délai de latence de quelques secondes a vocation à s’amenuiser au fur et à mesure que le réseau se développe pour arriver à l’ordre de la milliseconde. Un temps quasi réel qui permettra de synchroniser les robots afin qu’ils puissent s’allier et pêcher des déchets plus lourds.

Pour faciliter le pilotage à distance, Orange et IADYS travaillent actuellement au développement de retours haptiques – soit induire une perception tactile numérique en réaction à l’environnement réel du robot. “Prenez une voiture buggy qui n’a pas de chauffeur” illustre Ludivine de Alba. “La voiture est en Suède et je la pilote depuis un cockpit à Lille. Lorsqu’elle passe sur un dos d’âne, je le ressens”. Dans le cas du Jellyfishbot, cela permettrait par exemple d’introduire la notion de poids du déchet dans la télécommande : une manette deviendrait par exemple plus résistante lorsqu’on la tire. 

Récolter des données environnementales

Deuxième point majeur développé dans ce partenariat entre la start-up phocéenne et Orange : l’intelligence artificielle (IA). "On veut donner la capacité pour le robot de reconnaître les déchets pour pouvoir faire des indications, des mesures et donner des informations sur le type de déchets qu’ils ramassent", détaille Ludivine de Alba. Des informations qui permettront d’alimenter les bases de données des communes ou organismes propriétaires et de les aider dans leur prise de décisions. "Par exemple, dans le Port du Havre, le type de déchets, la fréquence de leurs remontées et toutes les infos d’IA vont permettre au directeur du Port de décider le nombre de fois où il doit draguer le fond du port", une procédure "écologiquement coûteuse", précise-t-elle.
Pour les deux fondateurs de IADYS dont l’objectif est "de rendre la robotique et l'intelligence artificielle accessibles, utiles et à les mettre au service de la planète", présentent-ils sur leur site, la mission est en bonne voie.